Château de Grandson

Othon 1er de Grandson: 1238-1328

Le représentant le plus important de la Maison de Grandson arriva vers 1252 comme page à la cour du roi d'Angleterre Henri III ( 1216/27-1272). Le père d'Othon, Pierre de Grandson, avait déjà entretenu des relations avec l'Angleterre en tant que partisan du comte aux côtés de Pierre de Savoie. Devenu le fidèle compagnon du prince héritier Edouard, Othon participa en 1270 à la 7e croisade à Tunis, placée sous le commandement du roi de France Louis IX qui n’en revint pas. Ce dernier mourut durant la campagne de 1270 et fut canonisé en 1297.

A son retour de croisade, en 1272, Edouard I succéda à son père sur le trône d'Angleterre et confia dès lors à Othon, qui s'était révélé un ami sûr, des missions diplomatiques et militaires que ce dernier accomplit à l'entière satisfaction du jeune roi. Pour les services rendus, Othon fut honoré de toutes sortes de récompenses et bénéficia d’importants revenus assignés sur de vastes domaines tant en Angleterre qu’en Ecosse ou qu’en Irlande. Nommé gouverneur à vie des îles normandes de Guernesey et Jersey (1277-1328), il visita Guernesey en 1323 avec 20 arbalétriers gardes du corps. Il fut également désigné gouverneur du Pays de Galles (1284-1294), ce qui l’autorisait à occuper la plus importante tour du château de Caernarvon. Othon possédait un grand nombre de châteaux et de domaines ruraux tant en Angleterre qu'en Ecosse et en Irlande.

Dans les cours d'Europe, notamment en Angleterre et en France, le diplomate lettré, le connaisseur du monde et le preux chevalier jouissait d'un grand prestige; c’était le cas en particulier auprès de la Curie romaine, où il eut les faveurs de tous les papes successifs de son temps, d'Honorius IV (1285-1287) jusqu'à Clément V (1305-1314). L'engagement dont il fit preuve en consacrant une partie de sa vie à la reconquête de la Terre Sainte y contribua considérablement. Sa bravoure permit de sauver de nombreux chevaliers chrétiens lors de la chute d’Acre, dernier bastion chrétien, qui tomba aux mains des mamelouks en 1291.

Le retour d'Othon en Europe fut une odyssée de plusieurs années, et c'est sans ressources qu'il parvint à atteindre Rome. La chute d'Acre n’a pas terni sa renommée de valeureux guerrier. C'est avant tout le Saint-Siège qui contribua à sa réhabilitation. Ainsi en 1295, le pape Boniface VIII (1294-1303) lui céda une importante somme de 4'000 marks en argent sur les impôts prélevés en Allemagne pour les croisades. Le pape Clément V le dota de son côté de 2'000 livres tournois, revenu provenant des propriétés de l'ordre des Templiers.

Après la mort du roi Edouard I d'Angleterre survenue en 1307, Othon rentra et s’occupa davantage de ses affaires grandsonnoises; il joua un rôle important dans les démêlés politiques qui ont marqué la Suisse romande au début du XIVe siècle. Il se rangea notamment aux côtés de l’évêque de Lausanne contre Louis de Savoie, qui avait du Pays de Vaud une baronnie échappant au pouvoir du comte de Savoie. Le 15 septembre 1310, l'empereur Henri VII, comte de Luxembourg (1308-1313), donna le château fort et la ville de Laupen en fief à Othon, qui les vendit en 1324 aux Bernois.

Dans les années 1277-1281, Othon fit remanier complètement l’ancienne forteresse romane de ses aïeux en l’agrandissant considérablement et en lui conférant la silhouette si particulière qui la caractérise encore. Il entreprit la construction du "grand château" comprenant, entre autres, une vaste aula du côté du lac et une grande salle chauffée non seulement par des cheminées mais aussi par des poêles en terre cuite. L’édifice, régi par les règles du flanquement systématique, est une variation du « carré savoyard» apparu dès 1260 dans la ville toute proche d’Yverdon, et que l’on retrouve à Morges en 1286 puis à Champvent vers 1295-1300. La conception architecturale de cet édifice pourrait être attribuée au fameux architecte Jacques de Saint-Georges qui débuta sa carrière à Yverdon justement, et se mit ensuite dès 1278 au service de la couronne anglaise sous la direction d’Othon, en édifiant d’immenses forteresses sur la côte nord du Pays de Galles (Flint, Conwy, Caernarfon, Beaumaris, Harlech, etc).

En ses terres, Othon de Grandson fut le bienfaiteur de nombreuses communautés religieuses. Il favorisa en 1289 l'établissement d’un couvent de Franciscains installé au bord du lac à l’entrée du bourg inférieur de Grandson, du côté d’Yverdon, dont subsiste le clocher de l’église. Vers 1308 il permit aux Bénédictins de la Chaise-Dieu de Grandson d’agrandir considérablement l’ancienne église romane Saint-Jean-Baptiste. On lui doit également la fondation de la Chartreuse de La Lance, près de Concise, en 1317, d’une part afin de pacifier la frontière avec le comté de Neuchâtel, d’autre part pour en faire une nouvelle nécropole dynastique. Cependant, c’est bien dans le chœur même de la cathédrale de Lausanne, honneur insigne, qu’il fut inhumé, comme en témoignent encore son gisant et le spectaculaire édicule qui l’entoure. Il meurt le 5 avril 1328 à l’âge très avancé de 90 ans. Un mois auparavant il est encore attesté en Angleterre comme gouverneur pour Edouard III des îles de Jersey et de Guernesey.


Bibliographie :
Université de Lausanne, Colloqium Othon I, 23-24 Juin 2011, publication en cours
Robert J. Dean, Castles in Distant Lands, The Life and Times of Othon de Grandson, Willingdon 2009
Esther Rowland Clifford, A Knight of great Renown, Chicago 1961